Septente


Costume : Fourrures abondantes, style Viking.

Parler : Accent russe.

Coutumes : Société où l’on voue un culte à la vie après la mort. Toute l’existence mortelle se passe à prévoir la vie d’après.

Gouvernement : Aristocratie de nécromants.

Religion principale : Uvist, Soliman

Dirigeant : Les huit Pères de Morts.

Écu : Tour de pierre blanche sur un mur noir orné de créneaux sur fond blanc dans le haut.

Familles importantes: Armyanski, Matveiev, Oulanov, Tatarin, Brobroff

Capitale : Kost’gorod.

Quelques détails :

Le Plein Sud n’est certes pas un lieu d’accueil et de chaleur humaine. Les rares bourgades qu’on y retrouve ne sont que des agglomérations de chaumières blotties à flanc de montagnes, faites de pierres juxtaposées puis scellées par le givre et la neige. Les blizzards y sont monnaie courante, y compris l’été. Certains paysans, découragés par cet incessant besoin de creuser plus souvent qu’autrement afin de dégager l’entrée de leur demeure, choisissent bien souvent de s’entasser en masses au fond de grottes fétides et venteuses. Enfin, cette contrée peuplée de pics escarpés et de montagnes sans fin ne compte qu’une seule grande ville, la cité de Kost’gorod.

Bâtie sur un haut plateau, du haut duquel on peut apercevoir une vaste partie du Royaume, cette ville est à l’image de pays qu’elle domine orgueilleusement. Toute érigée en montées, en tours aériennes, en passages voltigeurs, elle semble entièrement un élan vers le firmament orageux. Tout en Kost’gorod est élancement vers le ciel et chute écrasante, tout y est comme les montagnes avoisinantes : de la neige, des pierres et du vent. Toutefois la ressemblance avec le Plein Sud ne s’arrête pas à la simple architecture de la capitale, elle s’étend également à son histoire.

Les monts innombrables qui forment le Plein Sud composent une géographie dévastée. Sans cesse parcoure de vents furieux, la surface de la terre, à cet endroit du monde, est une réorganisation pratiquement constante. Le gel recouvre aussitôt ce qui vient d’être bâti, les bourrasques détachent des pierres et effondrent les lames de neiges, les pics grandissent et rapetissent au rythme haletant des tempêtes… L’histoire de l’antique cité de Kost’gorod, telle un roc qui tout voit passer sans passer lui-même, se déploie en une suite de tels orages. Sans remonter toute la chaîne des destructions qu’a subie la capitale de l’actuel Royaume, puisque de toute manière la presque totalité de cette épopée s’est perdue, disséminée aux quatre coins d’Apollinia par la bise du Plein Sud, chacun est immanquablement frappé par l’antiquité des fondations de Kost’gorod. Pénétrer l’enceinte de cette ville fortifiée, c’est entrer au cœur de l’histoire, c’est renouer avec la mémoire des pierres, avec les souvenirs qui hantent le toit du monde. L’archéologue avisé remarquera au moins huit strates architecturales, signe immanquable d’au moins huit conquêtes de la cité – donc de huit destructions. Et si l’on ignore tout des six premières couches sur lesquelles s’assoit l’actuelle cité, on sait en revanche que la septième était celle d’une cité nommée Gora, puissante nécropole vouée à l’asservissement de ses plus proches voisins ainsi qu’à la propagation des arts nécromantiques. Après un désastre ineffable lié à l’horrifiante magie qui soutenait la puissance du peuple qui l’habitait, la ville fut désertée et laissée à la tombe blanche de l’oubli.

Ce n’est qu’il y a deux ou trois générations que le site fut redécouvert et réinvesti par les habitants du Plein Sud. Mené par Alexeï Andronovitch Menskelk, un nécromancien de renom, une poignée d’hommes et de femmes remplis d’espoir débusquèrent l’emplacement de l’ancienne Gora. La cité fut déblayée puis rebâtie, ses tours furent consolidées, ses défenses réorganisées, ses mines remises en fonction, et la vie pu reprendre. Alexeï Andronovitch forma d’autres nécromanciens, et les morts vinrent grossir les rangs des ouvriers. On leur donna les tâches les plus exposées et, peu à peu, on en vint à les considérer comme un maillon essentiel de la vie dans le Plein Sud. Travailleurs infatigables, maçons insensibles à la morsure du froid, le Royaume naissant de Septente crût grâce à cette main d’œuvre inextinguible : l’exploitation de la richesse de son sous-sol le fit prospérer, son armée fut démultipliée par la soldatesque cadavérique, ses murailles s’érigèrent à une vitesse impressionnante, non contraintes qu’elles furent par le besoin du repos.

À la mort d’Alexeï Andronovitch, ses élèves assurèrent la conduite du Royaume de Septente, et il ne vint à l’idée de personne de contester leur pouvoir, non parce qu’ils l’imposèrent, mais parce que chacun savait qu’aucune parcelle de leur relative sécurité n’aurait été pensable sans les miracles de la nécromancie. Depuis cette époque, diverses académies ont été fondées, et leurs portes ne s’ouvrent qu’à qui peut payer – une fortune, cela va sans dire ! Ainsi, seuls les plus fortunés ont le privilège d’apprendre ces arts si important à la prospérité de Kost’gorod. Cet élitisme, ces dernières années, a de plus contribué à l’essor économique du Royaume. En effet, ne se souciant pas d’adapter leur enseignement à la plèbe, les Pères des Morts ont développé leur art jusqu’à un niveau de virtuosité rarement atteint de par le monde, de sorte que la cité de Kost’gorod est à présent regardée partout comme l’un des hauts lieux, comme l’un des rares endroits où il soit encore possible d’apprendre les arts magiques. Cette réputation fait accourir maints seigneurs, notables, nobliaux en tous genres – tous immensément riches, bien entendu – dans l’espoir d’y acquérir les connaissances occultes qui les rendront craints et respectés. Peu cependant réussissent effectivement à retirer quoi que ce soit de l’enseignement cryptique des Pères des Morts. Toutefois, ceux qui y arrivent reconnaissent sans contredits que la fortune qu’ils ont déboursée pour y parvenir en valait la peine. Fait intéressant, le Royaume de Septente a récemment signé un accord commercial avec la Péninsule de Sacrès, garantissant d’importantes rentrées alimentaires dans le Plein Sud via la Porte Gelée, en échange d’un nombre inhabituellement élevé d’admissions garanties à la Dernière Tour.

 

Mentalité des Septs :

Lorsque l’on considère l’usage que font les Septs de la nécromancie, l’on est d’abord tenté de les considérer comme des êtres immoraux et vils, sans respect aucun pour le repos sacré des âmes. Or cette croyance répandue témoigne de la mauvaise compréhension systématique dont font l’objet les mystérieux Septs. Isolés dans leur glacial sépulcre, ce peuple sudiste ne saurait assurer ni sa survie, ni sa dignité sans le secours des Morts. Pour les Septs, donc, la nécromancie n’est pas une affaire criminelle, mais une politique nationale, mais une question d’utilité. Toutefois, le rapport qu’entretiennent les Septs avec la mort confère à la nécromancie un caractère, une couche morale supérieure. Plus précisément, il faut savoir que pour les habitants du Royaume de Septente, l’existence mortelle n’est que l’enfance de la vie d’Après, de la vie véritable, celle qui est éternelle, la mort. Par conséquent, toute la vie terrestre devient une longue et pénible quête pour assurer à son âme une place intéressante dans la Société des Morts. Or, fait déterminant pour la compréhension de la psychologie septe, cette société des Morts n’est pas séparée du Royaume des vivants. Les Morts cohabitent littéralement avec les vivants – certains rares individus arrivent même à voir et à converser avec les Trépassés. Ainsi, les vivants essaient de vivre en harmonie avec leurs aînés de la vie d’Après, et ces derniers font ce qu’ils peuvent pour faciliter la vie de ces toutes jeunes âmes encore à l’état de chrysalides.

De là, d’accuser un sept de n’être qu’un vil nécromant, non seulement est-ce là une assertion sans fondement – tous les Septs ne sont pas, après tout, versés dans la nécromancie –, mais encore cela ne constitue pas même une phrase signifiante pour le principal intéressé. La nécromancie, pour un sept, est cet art divin par lequel le Royaume de Septente peut exister, en plus d’assurer aux Morts – c’est-à-dire aux êtres suprêmes – une possibilité supérieure d’habiter le monde. La « vie-morte », telle est la chance ultime de conserver un corps dans l’éternité, et donc tout n’est qu’une question de s’assurer la meilleure place possible dans la Société des Morts. Et si les plus pauvres n’ont pas l’opportunité de s’acheter une éternité consciente, ils se réjouissent néanmoins a priori de pouvoir servir utilement.

Par ailleurs, cette vision si particulière de l’éternité doublée de la place qu’occupe la mort dans la société septe est à l’origine d’un trait de caractère qui fait du peuple du Royaume des gens avec qui passer un contrat devient immanquablement une affaire de la toute dernière gravité. Convaincus qu’une entente est une chose sacrée dans laquelle ils engagent leur béatitude future, les Septs mettent un point d’honneur au respect, coûte que coûte, des clauses du contrat. D’ailleurs, toute la société septe repose sur ce point précis. Puisqu’en général les Septs vont jusqu’à vendre leur existence mortelle contre la perspective d’une place de choix dans la vie d’Après, il faut concevoir la gravité d’une telle transaction, ainsi que tout e travail subjectif de renonciation que cela doit exiger ; et donc, si les Septs n’avaient pas une entière confiance dans le respect des termes contractuels, comment imaginer qu’ils puissent se jeter dans une telle entreprise ? Par conséquent, bien qu’il soit rare que des transactions aussi décisives aient lieu en dehors de la société Septe, le sérieux qui les rend possibles, lui, déborde dans toutes les relations qu’ont les Septs avec qui que ce soit. Ainsi, ce respect pour la nature sacrée d’un contrat est, pour les raisons évoquées précédemment, quasi-maladif.

Conséquemment, quiconque signe un contrat avec un Sept doit s’attendre à ce que ce dernier s’en tienne à ce qui a été écrit et ce, au sens littéral et à la ligne près. Point de place à l’interprétation de l’esprit d’une proposition, il n’y a que la lettre, que le mot près. Point non plus de générosité de bon aloi dans le commerce avec la nation septe et, pour les mêmes raisons, point de frais cachés ni de clauses impromptues. De là, par exemple, il n’est pas rare pour des mercenaires Septs de laisser périr tous les amis d’un homme qu’ils avaient pour mission de protéger en raison de ce que le contrat ne garantissait que la sécurité du voyageur en question, et non celle de ses compagnons. Contracter avec un sept, selon ceci, n’est jamais une mince affaire, tant par la longueur des procédures que par le fait qu’il convient d’éliminer toutes les ambiguïtés possibles et imaginables si l’on veut éviter les mauvaises surprises. Si l’on peut surmonter ces quelques difficultés néanmoins, on ne trouvera pas contractant plus respectueux et désireux d’honorer sa part qu’un Sept.

La vie réglée au quart de tour des Septs fait que tous les Septs ont une aversion sévère envers les jeux de hasard et la méconnaissance des faits.