Port-Onil

Les Terres Nouvelles

Deux « nations » se partagent les Terres Nouvelles depuis toujours : les sages Massipis de même que les redoutables Krolosses. Le mot partager est à cet effet fort mal choisi, car leur coexistence n’a jamais été paisible. Jamais les forêts interminables de ce mystérieux continent n’ont connu autre réalité que le combat et la mort car, les tribus Massipis étant en général fort territoriales et les Krolosses on ne peut plus gourmands, jamais leur proximité n’a été pacifique. Même à l’arrivée des premiers colons saoriens, les rivalités entre Massipis et Krolosses ne s’estompèrent pas. Cependant, cela n’empêcha point qu’à la fondation des colonies de Port-Saor et de Tyris ces dernières soient impitoyablement détruites par la colère des Massipis et par la convoitise des Krolosses. Chacun sait que la dernière colonie, Port-Onil, aurait subi le même sort, n’eût été de l’accord passé avec les Massipis. Si l’on ignore encore ce qui poussa ces derniers à proposer l’entente, on se doute bien que la férocité krolosse y a joué pour beaucoup. À ce titre d’ailleurs, nul Massipi n’a plus été revu en une génération d’autonomie oniloise, à tel point qu’on les croyait disparus. Récemment pourtant, quelques individus isolés ont été revus, rôdant aux abords de Port-Onil. On n’a pas osé les approcher, de peur de relancer les hostilités.

Nul explorateur n’ayant pu s’aventurer bien loin à l’intérieur du continent, on ne sait rien de ce que recèlent ces forêts humides et chaudes, sinon l’omniprésence des mouches et des insectes en tout genres. Si la vie à Port-Onil commence à se faire agréable, il suffit de mettre un pied à l’extérieur des zones habitées pour comprendre ce qu’ont dû endurer les premiers défricheurs… Les krolosses ne se regroupant que rarement de telle façon qu’une sédentarisation soit nécessaire et les massipis faisant payer si cher toute avancée en leur territoire qu’il a été impossible d’identifier quelque cible que ce soit afin de garantir la sécurité de Port-Onil, ce qui fait que tout un chacun y vit constamment avec la crainte de se réveiller à travers les flammes et les cris d’agonie.

Port-Onil

Tout est réuni à Port-Onil pour en faire une colonie prospère et agréable, et tel serait déjà le cas, n’eût été de la difficulté de progresser à travers les Terres Nouvelles. En effet, les guildes d’Apollinia, percevant le potentiel de la colonie, procèdent à des imports massifs de ressources et de colons afin de donner un second souffle à la région tout en évitant le désastre de la colonisation saorienne, mal préparée et uniquement fondée sur la valeur de sa population. De même, le climat en Port-Onil ne saurait être plus agréable, son installation portuaire est organisée on ne peut plus efficacement, et des traditions commencent déjà à voir le jour au sein des générations issues des premiers colons, signe indéniable de vitalité. Hormis les difficultés que posent les Massipis, les Krolosses et toutes les atrocités en maraude autour de la bourgade, le fait que des guildes concurrentes soient responsables du maintien de la vie en commun pose également son lot de difficultés, ne serait-ce qu’en matière d’organisation et de développement. Et si jusqu’à présent tout se passe relativement rondement, l’avenir laisse présager des choix déchirants et d’évidents conflits d’intérêts qui risquent de tout compromettre.

Depuis quelques années, la colonisation de Port-Onil va s’accélérant, certes en raison de la puissance des guildes, mais également à cause de l’influence notable des Dieux dans les Terres Nouvelles. Des individus autrefois impotents, bien que croyants, deviennent en traversant la Mer blanche de véritables héros, et chacun se fait gloire de percer à jour les mystères de la divinité que toujours il servit sans même soupçonner sa générosité. Ainsi, la curiosité – et sans doute avec elle l’instinct de la gloire – contribue-t-elle grandement au développement de Port-Onil. Qui plus est, pour ajouter au mystère de cet endroit particulier, on a remarqué, bien après la fondation de cette colonie, qu’elle était située auprès de la seule Porte des Morts connue à ce jour. Si l’Histoire d’Apollinia comporte deux ou trois mentions de Rapiéçeurs ayant sillonné le continent, et si les légendes mentionnaient déjà l’existence de ces étranges Portes, il devient manifeste que ces choses ne sont pas des mythes. Au cœur du territoire de la colonie se dresse le trône de ces créatures inexplicables vers lesquelles convergent les âmes des défunts, comme des papillons attirés par la flamme qui va les consumer. Des efforts ont été faits pour étudier ces êtres mystiques, mais en vain : on ne comprend pas la logique de leur existence. On les tolère toutefois, malgré certaines de leurs machinations, car on a remarqué que la vie semble durer plus longtemps du fait de leur présence.

Fait important, il faut préciser, malgré ce que les natifs de Port-Onil prétendront – la plupart étant directement descendants de colons saoriens –, que la colonie n’est plus un territoire de Saor. En effet, la colonisation a été officiellement abandonnée après les désastres de Port-Saor et de Tyris. Ainsi, bien que Port-Onil ait survécue, et bien que ses habitants se reconnaissent toujours des Territoire de Saor, légalement, tel n’est plus le cas, l’Assemblée des Guildes s’étant approprié ces terres. De ce fait, toutes les nations d’Apollinia y sont les bienvenues, bien que leur cohabitation soit souvent conflictuelle. Quiconque briguera les postes d’Intendant d’une Guilde ou de Maire de Port-Onil devra s’attendre à devoir travailler dur pour préserver la région de l’implosion…

La taverne de L’amère à boire

Véritable institution en Port-Onil, cette taverne est fréquentée par toutes les strates de la société. On y sert un alcool brassé localement qui, bien qu’il ne soit pas comparable à la finesse des boissons d’Apollinia, a pourtant le mérite de ne pas dépendre de l’approvisionnement outre-mer, ce qui assure sa disponibilité… et sa popularité ! Cet établissement, qui fait la fierté de tout natif de Port-Onil, est plus souvent qu’autrement l’origine de trames sombres et de plans machiavéliques, de disputes et de querelles – les videurs sont à cet égard intraitables – et pour ces mêmes raisons, de réconciliations bruyantes et fraternelles. Au son des clameurs, du sempiternel : « La mère ! À boire ! », la taverne est un lieu d’accueil ainsi qu’un écueil pour tous les échoués à Port-Onil. Lors de la saison des pluies, l’endroit est constamment bondé, boire devenant la seule activité encore praticable.