Territoire de Saor


Costume : Style breton, gaulois ou helvète. Les hommes portent des braies ou des kilts.

Parler : Un peu grivois, populaire.

Coutumes : Grands explorateurs maritimes qui tiennent les navigateurs hauts en estime. Société qui attribue une valeur suprême à l’indépendance face aux autres peuples.

Gouvernement : Conseil des cerfs, représenté par le Chancelier.

Religion Principale : Morgana

Dirigeant : Les 66 cerfs, dont le dépositaire des pouvoirs est Ilyöd Tuyrn.

Écu : Bois de cerfs recourbé blanc, sur fond bleu.

Familles importantes : Maërayi, Susstrii, Caeton, Luöd.

Capitale : Cathair.

Quelques détails :

La genèse du peuple qui s’est établi sur le territoire de Saor en est une de mystère et d’ombres. Issus du tréfonds des forêts denses, venus comme avec les brumes étranges qui au matin hantent les bois, surgis de l’écume des vagues tumultueuses, l’homme qui le premier défricha cette contrée de légende n’a laissé aucune trace, hormis quelques dolmens et menhirs, trônant au milieu de clairières mystiques tels des rois intemporels. En fait, une légende prétend que les premiers habitants de cette terre prodigue naquirent lorsque des esprits belliqueux furent emprisonnés dans le corps des Grands Cerfs, alors au nombre de soixante-six, et libérés lorsque ceux-ci chutèrent dans la mer. Vêtus des entrailles de ces bêtes remarquables, mus par la bise aimante de la mer, les êtres qui marchèrent sur le rivage avaient bien les dehors d’hommes, mais on devinait à la lueur de leur regard une nature tout autre, fière comme les bois du Cerf, sourdement mugissante telle la puissance des flots. Cette fable, qui s’est sans doute tissée autour du blason du peuple de Saor, pallie à l’inexistence d’écrits historiques. Plus encore, elle a le curieux le mérite de donner une explication à la résilience naturelle des habitants de Saor, ainsi qu’à leur inexplicable don pour les métiers de la mer.

Toutefois, ces deux traits caractéristiques de ce peuple viril doivent être peints avec de plus subtils pinceaux, car ils enserrent l’histoire récente du peuple de Saor. Il faut d’abord, pour se pénétrer de la difficulté de reconstituer une telle histoire, considérer le fait qu’il n’existe aucun écrit à caractère historique en tout Saor. Tout ce qui a trait à la genèse, aux anciens temps, est inséré dans des récits, dans des contes et des fables que les pères transmettent à leurs fils à travers les chants de guerre, que les mères donnent à leurs filles en guise de dot, que les anciens, enfin, lèguent aux plus jeunes lors des nuits de célébrations. Départager l’histoire du mythe, dans chacun de ces cas, peut être l’affaire d’une vie. Pourtant, quelques points font tout de même à peu près unanimité. Et parmi ceux-ci, nul n’est à associer autrement qu’à la vigueur du peuple de Saor ou qu’à ses talents de marin.

Fait à noter qui confère un éclairage vigoureux sur le tableau qu’offre la nation dont il est ici question : le nom « Saor » évoque, dans le langage des anciens, des idées de liberté, des échos d’indépendance ou d’autarcie. Comme si le nom qu’ils avaient reçu de la tradition orale qui est la leur devait leur servir de principe en matière de politique, les Chefs – que l’on désigne communément comme les soixante-six Cerfs –, assemblés deux fois l’an en Cathair, ont toujours préféré ne devoir rien à personne sinon à eux-mêmes… Fort d’une économie somme toute autosuffisante, ne manquant ni de nourriture ni de matières premières ; fort d’une population nombreuse et combative, chacun étant prêt à défendre sa patrie ; le territoire de Saor s’est toujours tenu dans une position de relative neutralité par rapport aux autres nations qui composent le vieux continent. Ceci ne signifie pourtant pas que le peuple de Saor ait dédaigné la guerre. En effet, la dernière décennie a vu son lot de batailles sanglantes où la nation saorienne a su montrer sa vigueur et son ardeur au combat. Seul épisode d’agression de la part de ce peuple habituellement réputé pour sa bienveillante neutralité, il n’y a que relativement peu d’années qu’a cessé le conflit qui avait cours avec les Figondes. Ce qui au début n’était que rapines et déprédations perpétrées par des Cerfs isolés en vue de s’accaparer de précieux chevaux figondes dégénéra rapidement en guerre ouverte. Peu désireux d’entretenir un tel conflit pour une simple bévue diplomatique, mais ne désirant absolument pas pour autant prendre le rôle de vaincus, ce n’est que la signature du traité d’alliance entre les Figondes, les insulaires et les Vérons qui convainquit Saor d’accepter de verser un tribut à ceux qu’ils avaient agressé. Il s’agit là d’une page sombre de l’histoire du peuple de Saor, et ceux qui s’en souviennent ne se décident à l’évoquer du bout des lèvres que pour vanter les mérites de l’autarcie et de l’indépendance. N’importe quel habitant du territoire de Saor vous dira, cependant, que n’eût été de l’alliance avec Vérona, les Figondes auraient été vaincus. Nonobstant cette bravade, que l’on lance souvent avec un clin d’œil, l’épisode de la guerre des chevaux est à l’origine d’un sentiment nationaliste exacerbé chez le peuple de Saor, et les Cerfs qui furent les instigateurs du conflit, loin d’être regardés comme des fauteurs de trouble, sont aujourd’hui regardés comme de véritables patriotes – ce qui ne veut pas pour autant dire que les autres Cerfs partagent leur vision impérialiste.

Par ailleurs, la puissance des territoires de Saor ainsi que leur indépendance a beaucoup à voir avec l’aptitude de ses habitants à se mouvoir sur les mers. On raconte même de par le monde que nul marin ne sait naviguer comparé au plus humble pêcheur de Saor… Et si la nation en tant que telle ne dispose pas d’une flotte aussi imposante que celle des Royaumes du Grand Désert de Cymor, l’habileté avec laquelle ses matelots mènent leur navire leur assure une domination totale sur la Mer Blanche, et donc sur la route de la colonie de Port-Onil. Ceci, en plus de leur permettre de suivre habilement les agiles bancs de poissons de haute-mer. Il va donc sans dire qu’un pan vital de l’économie de cette région repose sur les pêcheries ainsi que sur la production de vaisseaux. Cette familiarité quasi-surnaturelle avec les flots s’explique d’abord par le fait que toute famille possède sa barque – le poisson étant le met le plus abondant et le plus prisé – et donc également par ceci que les enfants apprennent les rudiments du métier de pêcheur dès le plus jeune âge ; de même que parce que la mer et ses mystères, ses épreuves, ses monstres, ses colères, sa générosité, sa beauté, ses mythes, ses odeurs, exercent sur le peuple de Saor une véritable fascination. Aussi, nombreux sont ceux qui s’embarquent en quête de gloire et de prouesses. Il est même certains clans riverains pour lesquels l’épreuve de la mer constitue un rite de majorité.

Finalement, sur le plan commercial, il convient de mentionner que l’économie des territoires de Saor n’est que peu ouverte sur l’extérieur. En fait, les seules nations qui bénéficient son bois d’œuvre et de ses récoltes maritimes sont les Mellozos et les Septs. Cependant, la richesse de ces territoires autarciques fait l’envie de beaucoup d’autres puissances commerciales, ce qui pousse d’autant plus le Conseil des Cerfs à dédaigner les missions diplomatiques, craignant toujours que celles-ci ne prêtent le flanc à des manœuvres de nations convoiteuses visant à pousser le peuple de Saor à la guerre. Cette crainte maladive des voisins fait également en sorte que ce même Conseil a d’abord vu la nécessité de se constituer une armée qui puisse le représenter, force militaire fournie à part égale par chacun des soixante-six clans, et confiée à l’autorité d’un Chancelier ayant pour mission de veiller à la protection des frontières. Avec le temps, ce chancelier a acquis de plus en plus de pouvoirs jusqu’à celui de prendre toutes les décisions pour la nation entre les réunions bisannuelles du Conseil des Cerf. Cette délégation croissante des moyens n’a pour but que l’efficacité dans la défense et la négociation des rares traités qu’entretient la nation, et n’est par conséquent pas sans bornes : le Chancelier peut être démis de ses fonctions si le Conseil juge à majorité que ce dernier n’exécute pas bien ses volontés.

 

Mentalité des habitants de Saor :

Puisqu’il est extrêmement difficile pour un habitant de Saor d’accepter de devoir quoi que ce soit à autrui, le commerce n’est absolument pas une priorité pour ce peuple. C’est d’ailleurs ce qui a motivé l’abandon de la colonie de Port-Onil : devant les efforts à déployer pour la développer et pour en faire une entreprise rentable, devant la hargne avec laquelle les tribus massipis luttaient pour la conservation de leur territoire, le Conseil des Cerfs décida après quelques essais, puisqu’au fond cette idée de colonie n’était motivée que par un désir de nouveauté et de luxe tout à fait superflu, de s’en tenir à l’économie locale. Paradoxalement, les colons qui avaient tout quitté afin d’aller s’établir aux terres-nouvelles, eux, préférèrent persévérer, s’entêter devrions-nous plutôt affirmer, que de tout perdre à nouveau… Et donc la colonie fut livrée à elle-même. Fait remarquable cependant, ces colonisateurs, livrés à eux-mêmes, ne perçurent jamais cet abandon comme une faiblesse de la nation de Saor, ni comme un délaissement de la mère patrie envers ses enfants. Tout au plus, ce geste fut envisagé à la manière d’une décision de pure raison, difficile certes, mais dans l’ordre des choses. Et donc, dans leur cœur, les colons envoyés par Saor ne délaissèrent jamais leur patrie, ne la haïrent jamais, et même après qu’une génération ait éclos à Port-Onil, chacun se décrit encore comme un habitant de Saor.

Autrement, ce repli sur soi des territoires de Saor, ce goût prononcé pour l’indépendance, cachent une certaine xénophobie, ainsi qu’une peur presque maladive de la différence et du changement – raison qui confère un sens supérieur au refus des colons de rentrer en terres de Saor : eux qui avaient réussi à outrepasser leurs craintes de ce monde à découvrir, comment espérer qu’ils acceptassent d’interrompre leur installation alors qu’ils étaient pratiquement acclimatés ? Toutefois, cette intimité qui règne entre les clans de Saor a donné lieu à de fortes traditions, notamment la plus célèbre, à savoir, celle du festival du potiron. Très attachées à ce rituel collectif, nulle famille ne saurait résister à l’attrait de confectionner, l’automne venu, ces tartes, ces soupes, ces mijotées, ces desserts et ces ragoûts, confectionnés à l’aide des centaines d’espèces de potirons croissant dans les jardins de Saor, que s’offrent les voisins au moindre prétexte. Bien entendu, la nation compte nombre d’autres festivals, de fêtes et de réjouissances, comme de célébrations religieuses à caractère moins festif. Le point important à retenir est que la société saorienne se tresse en une étoffe serrée, un peu à la manière d’une famille. Et si, comme dans toute famille, les disputes sont souvent violentes, jamais elles n’atteignent un si haut degré que lorsqu’elles sont provoquées par un élément extérieur.