Caravanes Mellozotes


Costume : Style gitan, couleurs multiples et variées, aiment les tons de rouge. Généralement un peu malpropres.

Parler : Accent espagnol

Coutumes : Société nomade, fondée sur le commerce, l’extorsion et la fête.

Gouvernement : Aucun. Les Mellozos détestent les institutions.

Religion Principale : Iral

Dirigeant : Aucun. Il existe une légende qui parle d’un Roi Mellozo vivant dans l’ombre cependant.

Écu : Soleil doré avec un visage, sur fond de rayons jaunes et un ciel orangé.

Familles importantes: Aucune. Le peuple Mellozo est une seule grande famille.

Capitale : Les Mellozos sont des caravanes itinérantes. Ils n’ont pas de territoires ou de capitale propres.

Quelques détails :

Décrire l’histoire des Mellozos ne saurait se faire sans d’abord dresser un portrait de la psychologie mellozote. En ce sens, on ne saurait mieux résumer cette dernière qu’en l’interrogeant par le biais du mantra suivant : « Les possessions vous possèdent. » Quiconque voudrait se faire Mellozo ne saurait y parvenir qu’en méditant longuement cette phrase. Dans les faits, non seulement ce peuple ne possède-t-il rien à proprement parler, mais encore acquérir du bien est-il pour lui chose futile, inapte à produire la seule chose pour laquelle l’homme arpente l’existence, à savoir, la jouissance. Pour peu que l’on s’interroge, qui admettra effectivement qu’il lui faille de beaux vêtements, des châteaux, plusieurs domestiques, des couverts en or et des armes incrustées de diamants recouverts d’argent pour profiter de sa courte vie ? Si les Mellozos admettront sans conteste qu’il faut bien quelques possessions pour se dégager de la stricte nécessité animale – quelques outils, quelques vêtements et couvertures, un peu d’alcool, un instrument de musique –, ils vous diront tous cependant que tout le reste est par trop superflu pour laisser à l’homme le temps de jouir de lui-même.

Posséder des biens, c’est d’emblée posséder l’obligation de les entretenir, d’abord, puis de les payer ensuite, et souvent encore cela s’accompagne de la nécessité de se procurer d’autres biens qui leurs sont complémentaires. Par exemple, posséder une armure nécessitera d’avoir également la possibilité de l’entretenir, de la huiler, et parfois, lorsqu’elle aura servi, de la réparer. Or cela exigera des matériaux, des outils, voire même l’embauche d’un forgeron, puisqu’on n’est pas tous armurier dans l’âme. De là, il s’avère que dès lors que l’on s’écarte du strict minimum, on s’engage sur une pente glissante qui nous conduit tout droit à la dépendance aux choses. Et une fois que l’on a mis le pied au royaume des possessions, il s’avère extrêmement difficile d’en sortir, car où couper la chaîne ? Comment savoir qu’on possède assez et que l’on n’a pas besoin de la énième couverture, juste au cas où… ?

Pourtant, quelque chose au fond de l’homme civilisé le pousse à poursuivre une idée du confort et de bonheur qui ne correspond pas à ses réels besoins. Ceci, cette incessante quête donne lieu aux associations que nous nommons cités, villes, pays, nations, et ces dernières génèrent ensuite ce que nous désignons du nom horrible de « guerres ». Ainsi réduit à son principe, le conflit armé n’a plus pour racine et moteur que l’appât du gain, qu’une expansion du confort des uns au profit des autres. Les Mellozos refusent tout cela. Non pas tant qu’ils soient pacifistes, quoique pour la plupart ils aient un dégoût profond pour le fait d’avoir à se battre – dans les faits, certains amassent pourtant de coquettes sommes par leurs dons d’escrimeurs fanfarons, de bretteurs. Bien plutôt, les Mellozos refusent le concept de propriété. Pour eux, ce dernier est à l’origine de tous les maux de la société ainsi que de l’esclavage dont sont victimes les peuples. Pour la société mellozote, conséquemment, ce qui est à toi ne l’est que tant et aussi longtemps qu’on ne te l’a pas pris. C’est donc à l’individu de protéger son bien, non à l’État. Ce drôle de concept vient de la haine qu’ont les Mellozos pour toutes formes d’esclavage, de l’amour incroyable qu’ils entretiennent pour la libre détermination de soi-même. Ainsi, donc, ils refusent de se plier à l’État, qui exige toujours davantage de ses sujets afin de croître, afin d’assurer une vie qui se développe au détriment de ceux qu’il est censé protéger. Par conséquent, ils refusent également les biens qui adviennent d’une telle relation : ils refusent la protection de leurs biens par le secours de la loi. Ceux qui sont un peu philosophes parmi les Mellozos justifient cette négation des droits de la société sur l’individu, ainsi que des droits civils qui en découlent, par cette maxime saugrenue que rien n’est dû à l’homme dans la nature et qu’il n’est écrit nulle part que cette parcelle de terre ou que cette table appartienne à qui que ce soit.

Et comme s’ils voulaient ajouter l’insulte à l’injure, ces rieurs mellozos vivent en marge des sociétés qu’ils dénigrent. Ils arrivent en troupes, en caravanes, campent sous les ponts, dans les faubourgs des grandes cités puis, le jour venu, s’élancent dans les rues achalandées pour mendier, pour vendre leur camelote ou les quelques biens de luxe qu’ils ont réussi à acquérir ailleurs. Tout cela, ils l’échangent pour de la nourriture, ou alors pour les quelques autres biens miséreux auxquels ils aspirent. On sait également que dans cette quête des biens essentiels de la vie, les Mellozos n’hésitent pas non plus, s’ils n’ont rien à vendre ou si nul n’a voulu leur donner quoi que ce soit, à prendre de force, à extorquer, à voler les honnêtes commerçants, à menacer les plus faibles, à arnaquer les simples d’esprit. Parfois, on ne sait trop comment ils déterminent la meilleure avenue possible, ils choisissent plutôt de travailler pour un petit négociant ou dans une échoppe à la recherche de main d’œuvre bon marché. Le travail accompli, ils repartent avec le groupe, et changent de ville. De ce fait cependant, il apparait clairement que ces gens qui prétendent refuser les maux de la société ne semblent pas si prompts, tout compte fait, à en dénigrer les bontés, et c’est cette évidence qui leur a de tout temps attiré l’inimitié de toutes les nations. Partout où ils passent, les maux que ces maudits nomades sèment leurs laissent une réputation d’animaux et d’êtres immoraux ne pensant qu’à boire, qu’à fêter au lieu de travailler puis, quand la faim les tiraille, à escroquer l’homme trop « rustre » pour faire comme eux. Partout il est de mise, depuis des siècles que les Mellozos sillonnent le monde, de leur donner quelques miches de pain lorsqu’ils arrivent puis de les éviter comme la peste de peur qu’ils ne vous volent, qu’ils ne vous jettent un maléfice ou pire, qu’ils dévorent vos enfants. Cependant, ce qui fait que les Mellozos sont encore tolérés près des grandes cités, c’est leur don d’avoir toujours à disposition des biens très rares ou très convoités venus de partout dans le monde et acquis au cours de leurs longs périples.

Par ailleurs, leur affreuse réputation, certainement en partie méritée, est à l’origine de toutes les atrocités qu’a subies le peuple Mellozo. Comme des bêtes ils ont souvent été expurgés, comme des monstres ils ont été à moult reprises traqués et exterminés par des populaces en colère ou jalouses, par des États écœurés d’abriter cette vermine parasite, et la liste est longue. Nulle part ils sont les bienvenus, et toujours ils sont condamnés sans procès, du seul fait qu’ils sont Mellozos, c’est-à-dire, dans le langage populaire, crapules notoires et coupables de naissance.

Ceci fait donc de la nation mellozote une masse d’individus extrêmement méfiants, bien que particulièrement accueillante. Ce paradoxe apparent s’explique facilement. Pour ce faire, il faut avoir bien en tête le goût des Mellozos pour la liberté. Ceci, puisqu’une liberté dont on ne jouirait pas n’est qu’apparente. Ainsi, donc, les Mellozos aiment plus que tout les soirées, après la dure journée passée à récolter le nécessaire à la vie en commun, qui deviennent prétexte à la fête, à la musique, à la beuverie et aux récits des plus âgés ou des plus aventureux. On danse, on chante, on profite des arts divinatoires des diseuses, du talent des bardes, de la beauté des femmes, de la poésie des uns, de l’humour des autres. De là, dès l’instant où la société mellozote convient que l’un n’est pas un ennemi, il devient par défaut un ami et sera volontiers inclus aux réjouissances – parfois, tristement, pour le mieux dérober…

Si, bien malgré nous, la cleptomanie mellozote a été peinte avec des couleurs plus fortes que de raison, c’est que, d’abord, une telle vision de ce peuple n’est pas sans fondement, comme nous avons tenté de le montrer et, ensuite, puisqu’il faut toujours être conscient que pour ces nomades, rien n’est fixe, rien n’est définitivement à qui que ce soit. Souvent donc, ils respectent les us et coutumes de l’endroit où ils se trouvent – et ils fréquentent toutes les nations –, respectent par conséquent la propriété privée, mais s’il s’avère qu’une journée ait été pauvre en dons ou en ventes, et il faudra s’attendre sans doute à ce que quelques tartes laissées à refroidir sur le rebord des fenêtres manquent à l’appel, ou encore à ce que quelques bourses soient plus légères au retour qu’à l’aller. Et, puisque nous sommes à rectifier quelque peu le portrait que nous venons de brosser, il faut mentionner également que partout où ils daignent se produire en spectacle ils sont tout de mêmes prisés, car leur imagination est nourrie de leurs infinis voyages. Leurs productions artistiques – comédies, tragédies, odes, dithyrambes, mais également tableaux, sculptures, poésies et contes – sont de ce fait toujours chargées des merveilles dont ils ont été témoins dans les plus lointaines contrées. Les caravanes Mellozotes sont, selon ceci, des sources intarissables de nouvelles du monde entier et sont donc tout particulièrement prisés en tant qu’informateurs par quiconque se soucie de ce qui se passe chez son voisin – pour les mêmes raisons ces gens se méfient des Mellozos, cela va de soi.

Organisation Mellozote : 

Le terme « d’organisation Mellozote » est imparfait, mais il s’avère tout de même nécessaire. Étant donné le dégoût général qu’entretiennent les Mellozos envers toute forme de société cimentée par des institutions, parler d’une organisation Mellozote comme on le ferait pour une autre nation est tout à fait inapproprié : à proprement parler, il n’y a pas de société Mellozote, il n’y a que des troupes, que des regroupements d’individus qui choisissent un certain type de mode de vie. Mais du fait même que ces gens sont tous détestés en vertu des mêmes préjugés, pour les mêmes raisons pourrions-nous affirmer ; puisque ces personnes semblent tous possédés des mêmes qualités, affligés des mêmes défauts ; puisqu’enfin ils partagent des références, des idées et des rêves communs ; il existe quelque chose comme un sentiment du « nous » pour les Mellozos – du « eux » pour ceux qui leurs sont extérieurs – qui justifie l’emploi de notre expression, qui la rend nécessaire.

Du fait qu’il n’existe pas de gouvernement Mellozo, il faudra nous contenter de la description des caravanes, ces dernières étant ce qui se rapproche le plus d’une société définie, avec ses règles, ses interdits, ses droits. Ainsi, premier fait notable, à l’intérieur d’une caravane mellozote, il semble que le vol soit permis, et jamais puni lorsque découvert après coup. Si un voleur en devenir échoue à subtiliser un bien sans que son « propriétaire » s’en aperçoive, ce dernier roue habituellement son assaillant de coups, afin de bien marquer son territoire, mais là s’arrête la correction. Pas d’amputation de la main, pas d’emprisonnement : simplement, une bonne bastonnade. On remarque cependant que le vol demeure tout de même chose rare parmi les Mellozo, soit qu’ils se respectent trop pour se voler entre eux, soit qu’ils ne jugent pas les biens de leurs semblables suffisamment appétissant pour les leurs dérober. Autrement, on ne remarque habituellement aucun chef dans une troupe mellozote. Tout se décide à l’unisson, et chacun a voix au chapitre. Bien entendu, il arrive régulièrement que certains individus d’expérience soient plus écoutés que les autres, voire quasiment regardés comme des chefs. Ces derniers essaient toujours, néanmoins, de présenter leurs ordres comme des suggestions. Autre fait connu, on sait que la communauté mellozote est tissée bien étroitement. Aussi chacun veille-t-il sur la bonne humeur de son prochain. Toutefois, lorsque la troupe est attaquée, chacun sait ce qu’il a à faire : fuir. Il n’est pas question de défendre quoi que ce soit de matériel, puisque tout sera réacquis facilement, mais de sauver sa vie. Ainsi, la technique habituelle est-elle de fuir dans toutes les directions, tel un nid de fourmis dispersé d’un coup de pied, et de se regrouper dans un lieu convenu à l’avance. Finalement, lorsque deux caravanes mellozotes viennent à se croiser, on les voit toujours échanger de bons mots, de bonnes histoires, faire un peu de commerce – au sens que ce mot prend pour les Mellozos –, fêter une nuit, déterminer les routes communes afin de ne pas se recroiser trop vite, puis la première arrivée repartira au matin, laissant la place à l’autre.

 

Le mythe du roi mellozo :

Cette légende court depuis que courent les Mellozos. On ne sait trop bien si ce sont eux qui propagent cette rumeur ou si ce sont les nations visitées qui l’ont suscitée, ne pouvant pas croire qu’un peuple si uni dans sa dispersion puisse perdurer sans un roi à la poigne de fer à sa tête. À toute fin pratique, on raconte que le peuple mellozo serait dirigé secrètement par un être tout entier fait de nuit, que ce dernier ne se montrerait jamais mais possèderais d’innombrables espions et sbires, disséminés dans toutes les sociétés. On ignore ce que viserait ce roi terrible et sans morale, d’autant plus que son peuple n’a ni terres ni possessions à garantir ou à accroître, mais les histoires s’accordent toutes pour dire qu’il rendrait parfois la justice lors de cas extrêmement litigieux entre d’importantes caravanes mellozotes. Autrement, d’aucuns prétendent qu’il contrôlerait, depuis le royaume des ombres, toutes les nations d’Apollinia. D’autres, plus modestes ou plus affreuses, cela reste à déterminer, affirment plutôt que ce roi ténébreux ne serait qu’un être de pure jouissance, qu’une chose sadique que serviraient les plaisirs du peuple mellozo. Peu importe ces rumeurs, de toute manière, tout Mellozo vous dira qu’il ignore si elles sont fondées ou non… même sous la torture.