Vérona


Costume : Du blanc et du doré dans les vêtements, aiment les culottes un peu bouffantes.

Parler : Accent français.

Coutumes : Société où les héros et les grands défenseurs de la cité sont chéris et vénérés. Il existe un Panthéon où sont intronisés comme héros les Vérons qui s’illustrent et brillent dans l’Histoire.

Gouvernement : Monarchie héréditaire.

Dirigeant : Arnauld de Castelbrillant.

Religion principale : Laudus, Mya

Écu : Trois fleurs dorées à cinq pétales et cinq feuilles, disposées en triangle vers le bas, sur fond blanc.

Clans importants: DeNostres, de Castelbrillant, de Vérona, Le Véron, Lovial, Fiermont, DuPanthéon, Fierécu, Legallant, Lesage, Levif.

Capitale : La Cité de Vérona.

Quelques détails :

La fable de Clothaire et Lysandre

Plusieurs historiens relient la fondation de la Cité de Vérona à un événement singulier qui eut lieu il y a quelques huit cent ans. En cette époque reculée vivait un ogre féroce nommé Codouréoc. Celui-ci, à partir de sa sombre demeure, l’effroyable Tour aux serpents, tyrannisait toutes les contrées avoisinantes. Massés en bourgades chétives, les hommes du nord-est étaient contraints par le monstre de livrer sans répit la plus large part de leurs récoltes, du produit de leur chasse, de leur élevage et, lorsque tout ceci s’avérait insuffisant pour apaiser l’appétit de Codouréoc, l’on devait alors se résoudre à céder de jeunes gens, encore tendres et innocents.

Oh ! Beaucoup tentèrent d’affronter l’hideux être. Ce sont jusqu’à des villages entiers qui s’armèrent contre lui et qui, piques, fourches et torches en mains, marchèrent vers son antre, la rage au cœur et le désespoir aux trippes. Chaque fois les rebelles furent démembrés, éviscérés et disséminés entre les hameaux restants, afin de dissuader toutes représailles. Entre les cris des malheureux emportés à la Tour aux serpents et les pleurs des mères endeuillées, nul ne songeait plus à un avenir meilleur. Le nord-est avait accepté son sort.

Un couple de jeunes gens, toutefois, semblait n’arriver pas à se soucier de la proximité de l’horreur et du mal. Tout attendris, trop épris l’un de l’autre pour remarquer le sang s’agglutinant autour des boutons floraux qu’ils se cueillaient l’un l’autre, ils semblaient entièrement détachés du monde qu’habitaient leurs semblables. Le garçon s’appelait Clothaire, la fillette Lysandre. Attachés l’un à l’autre dès le berceau, on les avait toujours vus ensemble, et si chacun s’attristait d’avance du sort qui attendait inévitablement leur amour, leur couple offrait une vision si idyllique, si propice à la rêverie et à l’espoir, que nul n’osait sincèrement les séparer. Le destin se chargerait de cette triste besogne.

Et de fait, il vint un jour où, partis folâtrer dans les champs aux fleurs mordorées, Clothaire et Lysandre butèrent contre la jambe immense de Codouréoc. Une brise passa entre eux et le monstre comme la caresse d’un spectre. Pétris de peur, les deux amoureux firent le seul geste sensé qu’il leur fut donné de concevoir : ils coururent à toutes jambes vers la demeure de leurs parents.  Arrivés avant l’ogre, ils eurent à peine le temps d’expliquer ce qui venait de se produire avant que n’apparaisse, au-dessus de la cime des arbres, le front menaçant de Codouréoc. On s’empressa alors de cacher les jeunes gens. On tenta bien de mentir au géant, lorsque celui-ci éructa qu’on les lui remette mais, profondément ému par la beauté de Lysandre, il menaça de réduire le village en décombres et de croquer tout être vivant de la région si on ne la lui rendait pas séance tenante. Apeurés, sachant l’ignoble créature capable d’exécuter sa menace, on obtempéra à sa demande, et la belle Lysandre fut enfermée à la Tour aux serpents.

Mû par une douleur sans nom, dégoûté par la couardise de ses semblables, Clothaire refusa toute parole consolante, tout geste d’encouragement. Il fut pris d’une nausée à l’idée d’une vie passée à regretter son amour perdu, à supporter la misère d’une existence partagée avec ceux qui n’avaient rien fait pour les protéger, Lysandre et lui. Alors, la nuit venue, après avoir essuyé ses larmes qui avaient coulé tout le jour, il s’enfuit de la chaumière de ses parents, fit route vers le sud sans jamais se retourner. Alors il se jura de revenir avec des compagnons dignes de ce nom, afin de libérer celle à qui il avait voué son cœur. Alors seulement il reviendrait, et tuerait Coudouréoc. Alors seulement la blessure de son âme s’apaiserait-elle. De ceci, il en fit serment au jour levant : tant que coulerait en ses veines du sang à verser pour retrouver son aimée, jamais il n’abandonnerait la lutte. Jamais non plus il n’allait en préférer une autre.

Beaucoup d’écrivains ont détaillé les aventures subséquentes de Clothaire. On sait qu’il parcourut à peu près toutes les contrées d’Apollinia, toujours en quête d’une manière de détruire l’ogre qui lui avait ravi sa flamme. Toutefois, si les légendes sont riches en récits de combats, de mystères et d’épreuves qu’aurait traversé le fougueux jeune homme, l’important en ce qui concerne le dénouement de la fable, consiste en ceci qu’il revint en son pays une vingtaine d’années plus tard, à la tête d’une troupe d’aventuriers aguerris et fidèles à la noblesse de sa cause. Plus important encore est l’arme qui pendait à la ceinture de Clothaire. Maintenant un homme fait, sage au bras robuste, il avait pu, au terme de ses pérégrinations, vaincre en un duel qui dura trois jours le Roi troglodyte, porteur de l’épée Vérona, forgée par Laudus lui-même.

Cette lame, censée pouvoir détruire jusqu’à ce qui ne peut être tué, battait à présent le flanc d’un Clothaire bien déterminé à vaincre celui qui lui avait dérobé de si précieuses années de bonheur avec celle qu’il aimait. Alors qu’il chevauchait, ses compagnons autour de lui, vers la Tour aux serpents, il ne put s’empêcher de verser des larmes, à l’idée de ce qu’avait dû endurer sa douce, prisonnière d’une telle abomination depuis tant d’années. Non qu’il doutait qu’elle se soit préservée pour lui, non qu’il craignait qu’elle l’ait oublié, mais il redoutait plutôt que la compagnie de l’orge l’ait pour toujours changée, flétrie comme un pétale privé de sa tige. De toutes ses années de lutte, jamais cette pensée qu’elle pourrait ne plus être celle qu’il avait tant et tant rêvée n’avait effleurée son esprit, et aujourd’hui, alors qu’il touchait à la fin de son périple, il doutait à présent de ses forces : et si tel était le cas ? et si elle n’était plus qu’une loque, qu’une ombre d’elle-même ? Aurait-il la force de combattre Codouréoc en voyant la beauté de Lysandre ainsi éventée, bafouée, salie ? Pire : le reconnaitrait-elle ? Se souviendrait-elle de lui, Clothaire, celui qui avait fui une vie de misère afin de rassembler les forces nécessaires à sa libération ? Lui en voudrait-elle de ne pas s’être battu immédiatement ?

Mais bientôt se dressa devant ses compagnons et lui la Tour aux serpents, la flèche de son sommet vertigineuse, ses fondations massives comme les cuisses de son propriétaire, sa porte béante telle une gueule morbide… Il n’était plus temps de douter. Le destin achevait sa débandade. Clothaire, d’un geste vif, descendit de cheval, empoigna Vérona ainsi que le fier écu qui l’avait tant de fois protégé, puis pénétra dans la demeure de l’ogre, talonné par ses amis. C’est au dernier étage qu’il trouva la créature, en proie à une agitation surnaturelle. Avant que le preux combattant ne lui enfonce la pointe de son épée dans le ventre, Codouréoc n’eût le temps que d’échanger un regard avec Lysandre, alitée. Ce coup d’œil était rempli d’un mélange de terreur et de tristesse. Clothaire, après un bond prodigieux, plongea Vérona jusqu’à la garde dans l’abdomen du monstre. C’est en l’en extirpant, alors que retombaient l’assaillant et la victime, que se produisit l’impensable : la lame se rompit. On n’eut pas le temps de saisir l’ampleur de l’événement.

En effet, l’ogre s’effondrant de tout son poids, sans doute imprégné jusqu’au cœur de la magie qui avait façonné l’épée Vérona, produit un choc prodigieux qui se réverbéra dans toute la structure de la Tour aux serpents. Clothaire et ses compagnons n’eurent le temps que de se saisir de Lysandre, gémissante, avant de s’enfuir. Ils virent, en jetant un regard par-dessus leur épaule, l’affreux Codouréoc s’enfoncer dans le sol de pierre, comme si sa chute devait se poursuivre jusqu’au cœur du monde.

Affalés sur l’herbe roussie qui avoisinait la tanière de l’ogre, Clothaire, ses amis et Lysandre reprirent leur souffle et leurs esprits en observant la lente destruction de la Tour. Regardant tour à tour la garde de son ancienne épée et le visage livide de son aimée, Clothaire compris que sa quête venait de prendre fin. Il fut envahi alors par un violent transport de joie : il empoigna Lysandre, l’embrassa avec la passion enfin libérée de vingt ans de séparation et d’errances, puis lui déclara qu’ils allaient se marier afin de refaire la vie qu’ils n’avaient pas eue.

C’est ce qu’ils firent, dès le lendemain, et ils lièrent définitivement leur existence à l’endroit même où Codouréoc avait disparu, entraînant dans ses entrailles la divine Vérona. Avant la fin des célébrations, un bosquet de fleurs dorées avait poussé, symbole du retour du bonheur dans l’ancien pays de l’ogre. Dorénavant, déclarèrent chacun comme une seule et même voix, ce serait la contrée de Clothaire et de Lysandre, premier couple royal de la région. Là, sur le lieu même où la monstruosité avait été éradiquée par le don de Laudus, où étaient nés à nouveau la joie et l’amour par les soins de Mya, on fonda la Cité de Vérona, la protectrice du peuple du nord-est, fière, courageuse et aimante. Et si le Couple royal ne survécut pas longtemps à l’érection de la Cité à laquelle ils avaient donné naissance, sa descendance, en revanche, assura et assure encore la prospérité de Vérona.

La postérité du Couple royal

Les Vérons occupent le territoire le plus au nord d’Apollinia. C’est une terre riche, comportant quelques espaces très fertiles, de vastes forêts, des mines florissantes et des cours d’eaux poissonneux. Toutefois, ce qui fit, l’espace d’une génération, la prospérité du peuple, c’est le contrôle de la Mer des Spectres – voie maritime cruciale pour le transport des céréales de Sacrès cheminant vers la Cité, en plus d’être le seul passage viable vers la colonie de Port-Onil pour toutes les nations, exception faite du Royaume de Septente et des Territoires de Saor.

L’économie véronaise, l’une des plus florissantes du monde, repose en majeure partie sur la transformation de matières premières. Ses fonderies et ses ateliers figurent parmi les plus efficaces et les plus prospères de tout le continent, ses artisans parmi les plus renommés. Cet avancement de l’industrie a permis à la Cité de se doter de l’armée la mieux équipée et sans doute la plus entrainée d’Apollinia. Et si son nombre est de loin inférieur à celui des Royaumes du Grand Désert de Cymor, il est cependant suffisant pour en faire une puissance redoutable et unanimement respectée.

Ce corps d’élite chargé de la défense de la Cité en fait également sa plus grande fierté. La devise de la Garde Véronaise figure d’ailleurs sur le blason royal : « Combattivité, Fidélité, Honneur ». Cavaliers en armures polies, piquiers au regard altier, chacun de ces soldats tant aimés représente l’espoir de la nation et s’en fait le représentant partout où il passe. Aussi chaque combattant – et par émulation, il en est de même de chaque citoyen – est-il autorisé, et même fortement encouragé, à se prémunir d’une arme et d’une armure personnelles, souvent d’apparats, mais toujours hautement stylisées et fabriquées selon ses goûts personnels.

Mentalité des Vérons :

Tanguant dangereusement sur la mince ligne qui sépare la fierté de l’orgueil et du pédantisme, la Cité de Vérona demeure une société inclusive où chacun est le bienvenu, pourvu qu’il partage l’amour de tous pour les hauts-faits de l’Histoire Véronaise, les Héros qui l’ont façonnée, et les institutions vénérables qui assurent à la Cité une longue vie de gloires et de prospérités. En général, les habitants de la Cité s’en font les défenseurs partout où ils passent. Chacun étant très fier des accomplissements des grands représentants du peuple véronais, on n’hésitera pas à rappeler leurs hauts-faits à quiconque ferait mine de les ignorer ou à qui les mettrait en doute.

Qui plus est, la plupart des jeunes gens rêvent toute leur vie de se découvrir une tâche à accomplir afin de pouvoir enfin ajouter son chapitre à l’écriture de la glorieuse histoire de Vérona. En ce sens, nombreux sont ceux qui, lors de leur service militaire, tentent de se faire remarquer de leur capitaine par quelque acte de bravoure qui puisse leur valoir une place au Panthéon des Héros, un temple majestueux où sont intronisées les statues de ces mythiques défenseurs de la Cité. Là, sous l’auguste regard du roi Clothaire et de la reine Lysandre, chacun s’assure une existence éternelle dans la mémoire et le cœur de tous les Vérons.

Et s’il arrive que des Vérons voyagent, on peut être assuré de les entendre répandre à tous vents les bontés de la famille royale, la puissance des armées de la Cité, les exploits de tel ou tel Héro lié de près ou de loin à sa propre famille, ou encore tenter de se porter à la défense de la veuve et de l’orphelin dans l’espoir que ceci lui apporte quelque gloriole qui puisse ajouter à la réputation des Vérons. Ceci fait en sorte que ceux-ci sont, de réputation, à la fois aimés et détestés. On apprécie leur loyauté, leur caractère chevaleresque, mais leur vanité les rends parfois antipathiques, voire prudhommesques.